Béni sois-tu carillonneur !

Programme Carillon 2018

La tradition des carillons est originaire du nord de l'Europe : le pays qui comporte le plus de carillons d'au moins 23 cloches (2 octaves) est d'ailleurs la Hollande, avec 182 instruments. Ils furent souvent installés dans les clochers, parfois dans les beffrois, et firent l'objet d'un émulation voire d'une compétition entre les villes, notamment aux 16e et 17e siècles. A Malines en Belgique, la cathédrale Saint-Rombaut est ainsi dotée d'une imposante tour de 97 mètres (à l'origine il était prévu qu'elle mesure 167 mètres) équipée de deux carillons de 49 cloches chacun !

Le seul carillon de Franche-Comté

La France, avec une soixantaine d'instruments, possède un patrimoine également très riche, et ce sans compter les ensembles campanaires nombreux dans le sud-ouest. Avec ses 35 cloches, le carillon de l'église saint Laurent de Champagney est le seul répertorié en Franche-Comté. Il est installé dans le lanternon au sommet du clocher de l'église, reconstruite en 1785 en style baroque comtois. « Tous les lanternons n'abritent pas de campanile, précise Christian Luxeuil, carillonneur à Champagney. De fait, les églises saint-Martin à Lure ou Saint-Pierre-et-Saint-Paul à Mailleroncourt-Saint-Pancras sont également surmontées d'un lanternon, mais silencieux, ceux-là »...

L'orgue pour l'intérieur, les cloches pour l'extérieur

L'idée d'un campanile à Champagney est née à l'initiative de l'abbé Louis Gaillard (1864-1949), curé du village à partir de 1919. Il fit construire un premier instrument de 21 cloches, inauguré le 16 juin 1929, les cloches provenant de la fonderie Paccard d'Annecy (celle là même qui réalisa les 70 cloches du plus grand carillon de France, au château des ducs de Savoie). « L'orgue profite aux paroissiens dans l'église, a dû penser le curé. Le carillon, lui, profite à tous ! » C'est du moins la réflexion que Christian Luxeuil attribue à l'abbé Gaillard. Et les habitants pourront continuer à chanter la comptine :

Maudit sois-tu carillonneur,
Que Dieu créa pour mon malheur.
Dès le point du jour, A la cloche, Il s'accroche,
Et le soir encore, Carillonne plus fort !

Le curé Gaillard, musicien, est le premier carillonneur du village. Très vite il forme Roger Campredon à cet art. Le jeune homme montera au clocher le 19 novembre 1944, et jouera « sur le clavier du carillon presque intact, malgré les 21 obus tombés sur l'église, la Marseillaise, ainsi que les hymnes anglais et américains », écrit Alain Jacquot Boileau dans son Histoire de Champagney. Durement touchée par les bombardements à la Libération en 1944, l'église fut petit à petit restaurée après la guerre, mais le carillon resta muet jusqu'au début des années 60. La structure, fragilisée, ne peut plus supporter le battement des cloches. Elle est finalement rénovée en 1962, le carillon électrifié, mais l'ensemble est endommagé par la foudre et se tait en 1975. « Une association des « Amis du Carillon » est alors crée au début des année 80, avec l'ambition de redonner une vie à l'instrument.

Les cloches refondues

Sous dimensionnées en 1929, et pour certaines percées par les éclats d'obus, les cloches sont descendues en novembre 1984. Certaines sont conservées, d'autres « surmoulées », d'autres enfin carrément refondues : « Certaines cloches faisaient moins de 6kg avant la restauration, et leur successeurs pèsent plus de 30 kg », témoigne Christian Luxeuil. Le mélomane, qui devient carillonneur à la suite de Roger Campredon, dispose dorénavant d'un instrument de 35 cloches. La charpente du lanternon a dû être consolidée, et les transmissions, autrefois sujettes aux dilatations, sont à présent en fibre de carbone, insensible aux changements de température. « Autrefois, rappelle le carillonneur, il fallait régler chacune des touches avant de pouvoir jouer ! » Un travail fastidieux dorénavant rendu inutile. Par ailleurs mélomane, joueur d'orgue et dirigeant la chorale paroissiale, Christian Luxeuil monte régulièrement au clocher, soit à mi-hauteur pour s'entraîner sur le clavier d'étude, soit au sommet pour faire résonner les cloches dans tout le pays. Il chausse une paire de gants qui protègent la tranche de sa main, et frappe avec une rapidité surprenante sur le clavier à touches de bois dites « coups de poing » ou « manches de brouette », du fait de leur forme caractéristique.

Parfois ce sont des carillonneurs d'ailleurs qui viennent lui demander les clefs de l'instrument. Président de l'association des Amis du Carillon, et membre de la Guilde des Carillonneurs, il organise volontiers ces échanges musicaux, étant lui même habitué à grimper, dans ses moments libres, les marches de clochers et des beffrois pour prendre de la hauteur, et admirer ailleurs d'autres carillons.